Aux origines, la photographie portait un autre nom : l’héliographie, « écrire avec la lumière ». Des chimistes, des astronomes, des physiciens scrutaient cette matière céleste, capable d’inscrire le réel sur une surface sensible. Comment ne pas y percevoir une forme d’alchimie et de magie ? Aujourd’hui encore, cette prouesse chimique nous émerveille.
Depuis 1843, les fleurs s’imposent comme un motif récurrent dans l’histoire du médium. Des chambres photographiques furent portées vers les sommets pour fixer les massifs montagneux sur de grands négatifs d’une définition que les technologies contemporaines n’ont jamais égalée. En 1861, la trichromie révéla la couleur par synthèse additive, et soudain, le monde apparut tel qu’on le voyait. Dans l’obscurité des chambres noires, un astronome mit au point le procédé au platine-palladium : une matière noble offrant aux tirages des noirs veloutés, une profondeur d’ombre que le temps ne peut altérer.
Les artistes réunis dans l’exposition MAGIA LUCIS (Magie de la lumière) perpétuent cet héritage. Certains réactivent des procédés anciens, collaborent avec des scientifiques, documentent des modes de vie en marge ou des savoir-faire artisanaux qui incarnent une autre temporalité, à rebours de l’hypermodernité. D’autres créent des mises en scène où la nature cristallise les parts d’ombre et de lumière de l’être humain.